Le légendaire Sam ne concourra plus

Crédit : Scoopdyga

Mercredi 17 octobre - 11h12 | Lucas Tracol et Helga Schnehagen

Le légendaire Sam ne concourra plus

Michael Jung vient de l’annoncer, son exceptionnel La Biosthetique Sam FBW ne prendra plus la route des compétitions. Aujourd’hui âgé de dix-huit ans, le bai qui a marqué l’histoire du complet à jamais profitera désormais d’une belle retraite. 

Sam aurait dû concourir pour la dernière fois au CCI 4* de Pau la semaine prochaine, mais Michael Jung a été contraint de déclarer forfait. Il était prévu dès le début d’année que 2018 serait l’ultime saison du fils de Stan the Man XX, et l’Allemand a tenu promesse puisque son bai est désormais à la retraite. 

Dixième au CCI 4* de Badminton en mai, son cavalier aurait aimé le présenter devant leur public à Aix-la-Chapelle en juillet, une dernière fois. Malheureusement, des problèmes de sabots ont contraint l’ancien numéro un mondial allemand à changer de plan. Et l’histoire s’est répétée à quelques jours des Étoiles de Pau. “Sam va bien, il est en forme et monté tous les jours, mais les problèmes de sabots nous ont fait perdre plus de temps que prévu, et prendre part à un CCI 4* dans ces conditions est complètement exclu”, a déclaré Michael Jung à Reiterjournal

Le meilleur cheval de l’histoire de la discipline

Le meilleur cheval de l’histoire de la discipline - Le légendaire Sam ne concourra plus

En 2012 à Londres, Sam a offert à Michael Jung son premier sacre olympique.
Crédit : Scoopdyga

Les superlatifs ne manquent pas pour décrire Sam. Quiconque l’a déjà croisé en compétition en garde un souvenir impérissable ; ses yeux si clairs et expressifs et son attitude de guerrier qui ne s’est jamais altérée au fil des années n’ont pu laisser personne indifférent. 
Il serait peu dire que le palmarès de La Biosthetique Sam FBW est long comme le bras.

S’il s’était classé deuxième des championnats du monde Jeunes Chevaux au Lion d’Angers à six et sept ans, le hongre est loin d’être resté le Poulidor de sa discipline. Arrivé au plus haut niveau en 2008, le bai n’a pas tardé à s’illustrer en CIC 3*, obtenant plusieurs podiums avant d’être couronné pour la première fois à Wiesbaden, en mai 2009. S’en sont suivis une pléthore de victoires sur les plus belles pistes du monde. Il y eu d’abord le CCI 4* de Luhmühlen cette même saison, avant d’enchainer sur la finale de la Coupe du monde de Strzegom. À neuf ans, Sam est sélectionné pour la première fois dans un grand championnat, les Européens de Fontainebleau. Déjà, il offre à son pilote une médaille, le bronze individuel. La première d’une longue série.

Après une saison 2010 exemplaire, auréolée d’un podium à chacune de ses sorties, Sam prend la direction du Kentucky. Aux Mondiaux de Lexington, le duo entre une première fois dans la légende du sport, en décrochant l’or individuel. L’année suivante n’a pas été moins fructueuse, puisque Sam s’impose trois fois sur quatre sorties, avant de décrocher deux médailles d’or aux Européens de Luhmühlen. Même bilan en 2012, où le couple se hisse au sommet de l’olympe par deux fois à Londres. Pourtant, le couple a démarré la compétition avec une onzième place après le dressage. En réalisant l’un des huit maxis sur le cross, ils grimpent dans le classement, avant d’enfoncer le clou le lendemain, en mettant une pression insoutenable à la Suédoise Sara Algotsson Ostholt et sa Wega. Cette fois, ils ont tout conquis, mais ne s’arrêtent pas en si bon chemin.

Pendant l'olympiade qui suit, le rythme des succès ne ralentit pas. Battu sur le fil en 2013 à Badminton, il s’adjuge le CICO 3* de Strzegom l’année suivante, mais se blesse légèrement avant de pouvoir défendre son titre mondial en Normandie. En 2015, Le couple est sacré pour la première fois dans le CCI 4* de Burghley avant d’enfoncer le clou une bonne fois pour toute à Badminton, quelques semaines avant Rio de Janeiro.
Au Brésil, où le bai devait initialement laisser sa place à son voisin d’écurie Fischer Takinou, il conquiert à nouveau l'or individuel, talonné par Astier Nicolas et Piaf de B'Neville. Par équipes, le couple y a cette fois décroché l’argent, derrière une équipe de France imbattable. 

Après ce beau périple brésilien, Sam refera huit sorties, et se classera une nouvelle fois deuxième du CCI 4* de Badminton en 2017. Sur ce même terrain, où il foulait donc pour la toute dernière fois une piste de compétition, il prenait cette année la dixième place. 

Vendu 8000 euros aux enchères, “Sam ne ressemblait à rien”

Vendu 8000 euros aux enchères, “Sam ne ressemblait à rien” - Le légendaire Sam ne concourra plus

Le modèle de Sam n'avait initialement pas convaincu, et pourtant...
Crédit : Libby Law Photography/FEI

À deux ans et demi, Sam est présenté à la Körung. Les commentaires des experts de Marbach sont sans appel, consignant “un cheval sans intérêt avec une grosse tête”. Non approuvé, le mâle passe alors par la case des ventes aux enchères. Ne toisant à l’époque qu’un petit 1,63 m (1,68 m aujourd’hui), Sam “ne ressemblait à rien”, reconnaît Sabine Kreuter, cavalière de chasse alors âgée de vingt-six ans, qui devient sa première propriétaire. Le futur crack est présenté en dernier alors que bon nombre d’acheteurs s’en sont déjà allés. Personne ne semblant intéressé, Sabine lève la main et l’acquiert pour 8 000 euros. Après la vente de son poulain, son naisseur Günter Seitter reste en contact avec sa cliente : “Mes produits sont comme mes enfants. Je continue à veiller sur eux, je veux qu’ils aillent bien, et sûrement pas les voir enfermés dans un box.”Sabine débourre Sam correctement, le fait castrer – ce qu’elle regrettera plus tard – et se rend progressivement compte du potentiel de son cheval.

À cinq ans, Sam semble mériter le travail d’un cavalier confirmé. Connaissant la famille Jung, Günter Seitter organise alors un essai pour Michael. Cependant, sa propriétaire n’a pas les moyens de lui confier tout de suite. Pour autant, son naisseur n’abandonne pas et n’en finit pas d’appeler les Jung pour les convaincre de la qualité de “son”cheval. Finalement, une solution est trouvée pour confier le jeune prodige au cavalier allemand. “Si Günter Seitter n’avait pas insisté, Sam n’aurait jamais intégré nos écuries”, confesse Joachim Jung en toute honnêteté. Le contrat de collaboration mis en place entre la propriétaire et la famille Jung prend fin à l’issue de l’année 2010, celle de son explosion sur la scène internationale et de son titre mondial. Sam est alors la propriété conjointe de Sabine (60%) et de la famille Jung (40%). Souhaitant vendre sa part du cheval, sa propriétaire rêve d’une somme folle, dépassant le million d’euros. Mary King faisant part de son intérêt, Sabine retire le cheval des écuries Jung afin que la championne britannique puisse le monter. Cependant, les choses ne se passent pas aussi simplement et l’affaire prend même une dimension judiciaire durant de longs mois. Finalement, le 4 février 2011, la Fédération nationale allemande rend son verdict : “Le DOKR (Deutsches Olympiade-Komitee für Reiterei, ndlr) a signé un contrat par lequel il prend une participation majoritaire de 47% de Sam. Erich Single (un ami de la famille Jung, ndlr) en acquiert 13%, et la famille Jung en conserve 40%. La valeur du cheval est fixée à 766.666,66 euros.”Sans ce contrat, jamais Michael et Sam ne se seraient hissés sur la plus haute marche du podium olympique à Londres. 

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  • muybien29 - le 17/10

    “un cheval sans intérêt avec une grosse tête” - “ne ressemblait à rien” ! Comme quoi, ne pas se fier aux apparences !!! Il y a combien de chevaux comme ceux-là sur qui on ne mettrait pas un kopek : Jappeloup dont personne ne voulait, Milton en qui seule sa cavalière croyait à ses débuts pour ne citer qu'eux !

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